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Bateaux momifiés et bois fossile gorgé d'eau
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dinoland
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Posté le: 22/12/2007 22:41:18
Sujet du message: Bateaux momifiés et bois fossile gorgé d'eau
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Bateaux momifiés

Aux mains des spécialistes de ARC-Nucléart, des épaves de bateaux vieilles de plusieurs siècles sont armées pour défier le temps... et nous raconter leur histoire.

Comme tout vestige archéologique, les objets en bois mis au jour lors des fouilles sont riches en révélations sur leur époque. En particulier les épaves de bateaux, que l'on découvre posées au fond des mers, des lacs et des cours d'eau ou enfouies dans les sédiments. Elles nous apportent quantité d'informations sur les techniques de construction navale, sur la navigation, sur la pêche, sur le commerce, etc.


(on trouve dans ces endroits de nombrux vestiges archéologique en bois, préservés grace a l'humidité)

Mais, sorties de l'eau, ces épaves se dessèchent et risquent de finir rapidement en poussière, emportant à tout jamais leurs secrets. On sait, fort heureusement, bloquer ces processus de dégradation. Et c'est une grande chance, car les découvertes archéologiques en milieu aquatique se multiplient en France et en Europe.

Une des plus importantes s'est produite en juillet dernier, lors des fouilles entreprises sous la place Jules Verne à Marseille, près du Vieux-Port. Sous la direction d'Antoinette Hesnard, archéologue du CNRS basée à l'université d'Aix-Marseille, et de Michel Pasqualini, du service régional d'archéologie (SRA) de Provence-Alpes-Côte d'Azur, ces fouilles ont permis d'exhumer un trésor d'une valeur scientifique inestimable : l'épave d'un bateau grec datant de la fondation de la ville par les Phocéens, au vie siècle avant J.-C. Retrouvée dans un état de conservation exceptionnel, cette pièce de 14 m de long pour 4 m de large devrait en dire long sur l'histoire de la naissance de Marseille. Mais ce n'est pas tout : des membrures de navires inachevées et des billes de bois en cours de débitage datant du ive siècle avant J.-C. suggèrent qu'il y avait là un chantier naval. Les fouilles qui vont être menées sur l'emplacement du futur musée consacré au sculpteur César, à proximité de la place Jules Verne, devraient permettre de vérifier cette hypothèse.

Ajoutons à cette fabuleuse moisson trois épaves romaines des Ier et IIe siècles de notre ère. Ces navires à l'architecture très particulière devaient servir au dragage du port, comme l'indique l'ouverture rectangulaire aménagée dans la partie centrale de leur coque.

Beaucoup plus anciennes, des pirogues en bois du Néolithique ont été découvertes en plein Paris, au cours des étés 1991 et 1992, lors de la démolition des vieux entrepôts de Bercy. Au nombre de dix, ces embarcations monoxyles (c'est-à-dire fabriquées avec le bois d'un seul arbre) reposaient dans une gangue de sédiments argileux en bordure de l'ancien lit de la Seine.



Enfin, en juillet 1990, à Bouliac, petite ville située sur la Garonne, dans la banlieue est de Bordeaux, deux épaves de bateaux bien plus récentes que les précédentes, puisqu'elles ont été construites au XVIIe siècle, étaient mises au jour au bord du fleuve lors de la construction d'un pont. La première était une embarcation fluviale à fond plat de 14,90 m de long pour 3,30 m de large. L'étude des pollens contenus dans les mousses de calfatage indique que ce bateau a été construit dans la vallée supérieure de la Dordogne ou du Lot. Jusqu'à l'avènement du chemin de fer, au milieu du XIXe siècle, les cours d'eau étaient en effet le principal moyen de transport des marchandises, loin devant le réseau routier, infiniment moins dense qu'aujourd'hui et impraticable une bonne partie de l'année.


(tombe viking, le chef fut enterré avec son bateau)

Maniables et relativement légers, les bateaux comme celui retrouvé à Bouliac acheminaient en une quinzaine de jours, en descendant vers l'estuaire, du bois, du charbon, des vins mais aussi des hommes qui allaient se louer pour une saison comme membres d'équipage sur les navires de pêche en partance pour Terre-Neuve et ses fameux bancs de morues. Ces matelots d'eau douce avaient donc aussi le pied marin ! « Lors de la remontée, le bateau, chargé de produits manufacturés introuvables dans le haut pays, était halé à bras d'homme jusqu'à Souillac, sur la Dordogne, ou Entraygues sur le Lot, villes au-delà desquelles ces deux cours d'eau n'étaient plus navigables », indique Bruno Bizot, archéologue au SRA de Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui a dirigé les fouilles avec Eric Rieth, chercheur au CNRS et au musée de la Marine à Paris. D'après les résultats de la datation dendrochronologique - technique qui consiste à dater un bois fossile en étudiant ses cernes de croissance - l'épave fluviale de Bouliac aurait été construite avec des arbres abattus dans les années 1660-1670.

Un peu plus ancienne (début du XVIIe siècle) et de taille plus modeste (5,12 m de long) que la précédente, la deuxième épave était adaptée à la navigation maritime et estuarienne, dans la Gironde et le long des côtes toutes proches. Baptisée le Bateau sans nom, cette embarcation était propulsée à la rame, mais aussi à la voile comme en témoigne l'emplanture du mât disposée sur le fond de la coque. Ce type de bateau était relativement courant jusqu'au XIXe siècle, mais c'est la première fois que l'on retrouve un spécimen de cette époque.

Trop altéré pour être restauré, le Bateau sans nom a été laissé en place une fois les fouilles terminées. Mais une réplique grandeur nature vient d'être réalisée en utilisant les méthodes de charpenterie de marine traditionnelles, sous l'égide du SRA d'Aquitaine et de l'association Armédis. Mise à l'eau le 9 octobre dernier, cette réplique permettra, selon Anne Debaumarché, archéologue à Armédis, « de redécouvrir les méthodes de construction navale et de navigation utilisées par nos ancêtres pratiquement jusqu'au début de ce siècle. Nous vivons actuellement une période de rupture technologique de grande ampleur. Si nous ne voulons pas perdre les fils, il est urgent de conserver non seulement les objets mais aussi les savoirs du passé avant qu'ils ne disparaissent entièrement ».

La richesse de l'archéologie subaquatique, dont nous n'avons mentionné ici que trois des principaux sites parmi les plus récents, s'explique aisément : les pièces en bois (bateaux, pieux d'appontement, charpentes, manches d'outils, etc.) ou en cuir (chaussures, tablettes à écrire) se conservent mieux dans les sédiments humides et anaérobies que dans les terrains secs et aérés, où elles sont rapidement dégradées par les micro-organismes (bactéries, champignons...). En clair, on retrouve sous l'eau des objets que l'on ne retrouve plus sous terre !Ainsi, à Marseille, les archéologues ont récupéré, outre les épaves de navires, plus d'un millier de pièces en bois (vaisselle, éléments d'accastillage, outils de marine, etc.) en parfait état.

Mais, nous l'avons vu, la médaille a son revers. Une fois sortis du bain, après des centaines voire des milliers d'années d'immersion, ces bois gorgés d'eau courent un danger mortel : celui de se dessécher. En effet, l'eau, qui représente jusqu'à 70 % du volume de l'objet, provoque en s'évaporant des lésions irréversibles. Le bois se fissure, se craquèle et ne tarde pas à se désagréger.

Dès lors, comment conserver ces précieux objets qui ont traversé les siècles pour parvenir jusqu'à nous ? « En luttant contre les processus de dégradation naturelle, c'est-à-dire en remplaçant l'eau par des résines spéciales qui vont assurer la cohésion et la conservation de ces vieux bois », répond Michèle Giffault, conservateur à l'Atelier régional de conservation-Nucléart (ARC-Nucléart) de Grenoble. Cet établissement scientifique et culturel, qui dépend depuis 1989 de la Direction des musées de France, du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), de la région Rhône-Alpes, du conseil général de l'Isère et de la ville de Grenoble, a recours à trois méthodes.

La première consiste à imprégner la pièce que l'on veut conserver d'une résine spéciale qui a la propriété de se durcir après une exposition prolongée aux rayons gamma. Baptisé Nucléart, ce procédé confère au bois une solidité à toute épreuve. Pour cette raison, il est surtout réservé aux objets très dégradés nécessitant un traitement de choc. De plus, le rayonnement détruit les insectes et les micro-organismes prédateurs du bois. Ce qui améliore encore la qualité de la conservation. ARC-Nucléart procède d'ailleurs, indépendamment du traitement des bois gorgés d'eau, à la désinsectisation et à la stérilisation préventives ou curatives de pièces de musée ou d'ébénisterie menacées par les attaques parasitaires.

Les deux autres techniques de conservation utilisées par ARC-Nucléart consistent à lyophiliser ou à sécher progressivement les bois préalablement imprégnés de polyéthylène glycol (PEG), une résine polymère hydrosoluble dont la masse moléculaire varie entre 200 et 4 000 suivant la longueur de la molécule.

Le choix entre ces trois méthodes est fonction, nous l'avons dit, de l'état de dégradation de l'objet, mais aussi de sa taille. En effet, les dimensions de la chambre d'irradiation (4 x 4 x 2,60 m) ne permettent pas d'accueillir des pièces aussi volumineuses que des épaves de bateaux. Pour cette raison, ces dernières sont traitées, le plus souvent, par imprégnation au PEG dans des cuves ou des piscines d'un volume suffisant. Le choix dépend également de l'essence botanique du bois ainsi que du devenir de l'objet (exposition, musée, etc.).

Sur les dix pirogues découvertes à Bercy, six sont en cours de restauration à Grenoble, dont une au moyen du procédé Nucléart. Il s'agit de la pirogue P3, malencontreusement sciée en deux lors de son extraction ! Résultat : sa longueur n'étant plus un obstacle, les deux morceaux peuvent, du coup, être introduits dans la chambre d'irradiation. Mais, surtout, le radiodurcissement les rendra suffisamment solides pour être ensuite réassemblés en redonnant à la pirogue sa forme d'origine.



(un superbe drakkar préservé en norvége, des années de restauration furent nesessaires)

L'épave du bateau grec datant de la fondation de Marseille vient d'être expédiée, quant à elle, à Grenoble, où une piscine spéciale va être aménagée à son intention. Pour « imprégner » cette pièce de 14 m de long, Michèle Giffault prévoit d'utiliser la bagatelle de 70 tonnes de PEG 4 000 !A 12 F le kilo (coût du recyclage du produit inclus), une telle quantité de résine représente une dépense de 840 000 F, sans compter les frais de chauffage de la solution (1), dont la température doit être maintenue à 60 °C pendant plusieurs années. Si l'on inclut l'aménagement de la piscine, l'opération devrait revenir à 2,5 millions de francs, auxquels il faut ajouter 1 million de francs pour le traitement de deux autres épaves grecque et romaine et de 500 petits objets en bois. Ce qui représente une facture totale de 3,5 millions de francs !

Dans le même ordre de grandeur, le coût de la restauration des pirogues de Bercy est estimé à 1,3 million de francs et celui de l'épave fluviale de Bouliac, entre 1,2 et 1,5 million de francs... Bien que « facturés au prix coûtant », comme le précise Michèle Giffault, ces travaux n'en représentent pas moins une charge financière très lourde pour les maîtres d'ouvrage, en l'occurrence les villes de Marseille, Paris et Bordeaux. Pour preuve, l'épave de Bouliac, toujours en attente de traitement, est conservée à Grenoble en chambre froide depuis deux ans... D'un autre côté, ces objets ont une valeur patrimoniale et scientifique inestimable. Et c'est seulement à ce prix qu'ils pourront être conservés et exposés à la curiosité des chercheurs et du grand public. Sauf imprévu, les pirogues de Bercy seront visibles, une fois restaurées, au musée Carnavalet, à Paris, les épaves grecques et romaines de Marseille éliront domicile au musée d'histoire de la ville, tandis que l'embarcation de Bouliac sera vraisemblablement exposée au musée d'Aquitaine, à Bordeaux.

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(1) Du fait de son poids moléculaire élevé, le PEG 4 000 est solide à température ambiante, où il a l'aspect d'une paraffine. D'où la nécessité de le chauffer pour le rendre liquide.

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Comment on sauve les bois gorgés d'eau

1 Le procédé Nucléart

L'objet à conserver est d'abord plongé dans de l'acétone. En pénétrant dans le bois, ce solvant hydrosoluble chasse peu à peu l'eau avant d'être lui-même remplacé, après passage dans un autoclave, par une résine liquide, faite de polyesters et de styrènes, qui a la propriété d'être radio-durcissable.

Une fois imprégné de cette résine, l'objet est placé dans une chambre d'irradiation, où il est exposé aux rayons gamma émis par une source radioactive de cobalt 60. En formant des radicaux libres (CH3-, -CH2-, etc.) chimiquement très actifs, les rayons permettent aux molécules de styrènes d'unir les longues chaînes de polyester les unes aux autres en constituant une sorte de filet. Ce phénomène, dit de réticulation, provoque le durcissement de la résine et confère au bois une grande solidité.

2 Imprégnation-lyophilisation

Dans un premier temps, l'objet, ici, une pirogue, est plongé dans un bain de polyéthylène glycol, ou PEG, résine polymère hydrosoluble de faible masse moléculaire (200 ou 400). Dotée d'un fort pouvoir de pénétration, la résine prend la place de l'eau tout en renforçant les parois cellulaires du bois. Au bout de quelques mois ou de quelques années (selon la taille et l'épaisseur), la pirogue est imprégnée de PEG de masse moléculaire plus importante (4 000) destiné, lui, à tapisser les vaisseaux du bois pour éviter la destruction des cellules lors de la lyophilisation.

Cette dernière opération consiste à évacuer l'eau résiduelle en congelant l'objet à -60 °C, puis en le chauffant de façon à sublimer l'eau, c'est-à-dire à la faire passer directement de l'état solide à l'état gazeux.

Long de 5 m pour 1 m de diamètre, le lyophilisateur installé en 1989 dans les locaux d'ARC-Nucléart a été initialement conçu pour traiter la pirogue du lac de Paladru (Isère), superbe embarcation monoxyle de 4,17 m de long datant du XIVe siècle. C'était la première fois qu'une pièce de dimensions si importantes était restaurée selon cette méthode.

3 Imprégnation-séchage contrôlé

Si grand soit-il, le caisson du lyophilisateur de Grenoble est tout de même limité en volume. Pour traiter certaines épaves de très grande taille les spécialistes d'ARC-Nucléart se contentent d'imprégner le bois de PEG 4 000 jusqu'à saturation. Pour cela, l'objet est immergé dans une grande piscine remplie d'une solution de PEG 4 000 chauffée à 60 °C pour fluidifier la résine et faciliter sa pénétration dans le bois. L'opération dure jusqu'à ce que de 95 à 98 % de l'eau présente au départ soit évacuée. Ce qui prend, selon la taille des pièces, entre plusieurs mois et plusieurs années.

En fin de traitement, l'objet est retiré du bain et le reliquat d'eau est éliminé par séchage contrôlé à l'intérieur d'une enceinte climatisée. Là, lorsque l'épave revient à la température ambiante, le PEG 4 000 retrouve son état solide initial.


par Marc MENNESSIER
______________
collaborateur documentaliste pour Gigadino

visitez mes blogs sur :http://dinolandia.unblog.fr/



celui qui donne va vite oublier.., celui qui reçois n'oubliera jamais.


Dernière édition par dinoland le 23/12/2007 11:29:08; édité 1 fois
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Posté le: 22/12/2007 22:41:18
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Tikémi
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Dinosaure préféré: les lambéos
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Posté le: 22/12/2007 23:16:10
Sujet du message: Bateaux momifiés et bois fossile gorgé d'eau
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Quel dossier ! Merci Stéphane, super intéressantes ces techniques et ces découvertes !
______________

"Rien en biologie n'a de sens, si ce n'est à la lumière de l'évolution" Theodosius Dobzhansky

(\___/)
(='.'= )Voici Lapin. Copiez et collez Lapin dans votre signature
(")_(") pour l'aider à concrétiser sa domination du monde
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ludovic
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Posté le: 30/12/2007 19:01:49
Sujet du message: Bateaux momifiés et bois fossile gorgé d'eau
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oui merci pour ce super dossier
______________


the truth is out there: la vérité est ailleurs
 
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Posté le: 22/08/2017 10:08:12
Sujet du message: Bateaux momifiés et bois fossile gorgé d'eau

 
 
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